Tuesday, September 11, 2007

Greenland

"lulissat, municipalité de 4 600 habitants de l'ouest du Groenland, avait jusqu'à présent pour seule notoriété d'avoir été classée, en 2004, par l'Unesco au Patrimoine de l'humanité pour la beauté époustouflante de son paysage glaciaire, le plus vaste de l'hémisphère Nord. Pas de quoi faire l'ouverture des journaux télévisés.

Mais les choses sont en train de changer. Les hommes politiques de tous bords s'y pressent pour voir de leurs yeux l'impact du réchauffement climatique. Les plus sceptiques en reviennent, dit-on, convertis. Les autres plus convaincus encore qu'il est urgent d'agir.

La chancelière allemande, Angela Merkel, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, ont fait le déplacement au cours des derniers mois. La sénatrice américaine Barbara Baxter a décidé Jean-Louis Borloo à faire l'expérience. Même pour quelques heures.
Lundi 10 septembre, le ministre de l'écologie, du développement et de l'aménagement durables, escorté d'une brochette de parlementaires, de journalistes et des plus éminents climatologues français, est donc venu prendre sa "leçon de choses".

"Il faut des images fortes pour bousculer les consciences, marteler le message pour que toute la société sente la nécessité d'agir", explique-t-il, sans ignorer les critiques que soulève déjà cet aller-retour de moins de vingt-quatre heures, effectué dans un avion de la présidence de la République, et dont le bilan immédiat est l'émission de 65 tonnes de CO2.

Car la compensation intégrale de ce déplacement par le financement d'un projet de réduction d'émissions de gaz à effet de serre - en l'occurrence une petite centrale hydroélectrique en cours de réalisation au Mexique - n'exonère évidemment pas de s'interroger sur l'opération.
Les scientifiques présents, peu habitués à ces virées de happy few, sont les premiers à douter. "Ce voyage n'aura d'utilité que si des décisions concrètes sont prises lors du Grenelle de l'environnement", insiste l'un d'entre eux.

Chacun se prête pourtant à l'exercice avec application. Jean Jouzel, le représentant français au Groupement intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), Edouard Bard, qui occupe au Collège de France la chaire de l'évolution du climat et de l'océan, ou Gérard Ancellet, du CNRS, expliquent patiemment tous les enjeux de la hausse des températures dans l'Arctique, où le phénomène est deux fois plus marqué qu'ailleurs. Et beaucoup plus rapide que ne l'avaient anticipé leurs modèles.

Carte en main, l'explorateur Jean-Louis Etienne pointe le recul des glaciers et décrit un pole qui pourrait perdre sa banquise estivale d'ici à 2050. "Pour le climat mondial, l'avenir du Groenland est une des grandes questions du futur", confirme Jean Jouzel.
Dans la baie de Disko Bugt, le glacier d'Ilulissat largue, de plus en plus nombreux, de majestueux icebergs. Il a reculé de dix kilomètres au cours des dernières années. "

Le Monde, 11/09/2007