Tuesday, September 25, 2007

Grenelle

Le Monde, 25/09/2007, Laurence Caramel

"Les ONG vertes avaient pris l'habitude de passer par la petite porte. On leur déroule, aujourd'hui, le tapis rouge pour négocier la future politique écologique de la France. Le "Grenelle de l'environnement", qui doit aboutir fin octobre à l'adoption d'une quinzaine de mesures-programmes, est sans précédent dans les relations tumultueuses entre l'Etat et les militants écologistes, dont la parole est cette fois-ci recueillie au même titre que celle des partenaires sociaux, syndicats et employeurs, ou des collectivités locales.

"La reconnaissance est manifeste, c'est palpable dans les discussions", témoigne Laurence Tubiana, directrice de l'Institut du développement durable et des relations internationales et vice-présidente du groupe de travail consacré à l'agriculture. "L'expertise des ONG est écoutée et les représentants des milieux agricoles, qui, historiquement, négocient leur avenir en tête à tête avec l'Etat, acceptent le dialogue."

Comment en est-on arrivé là ? L'Alliance pour la planète rappelle volontiers qu'elle est à l'origine de l'idée d'un "Grenelle". "Le projet de constituer une alliance était en germe depuis le printemps 2005, explique Serge Orru, de WWF. Nous voulions nous regrouper pour mieux nous connaître et peser davantage sur les politiques. L'élection présidentielle était déjà en ligne de mire. D'où l'idée de noter les programmes écologiques des partis, puis des candidats et enfin de proposer un Grenelle de l'environnement qui place la crise écologique au coeur des enjeux, comme l'avait fait le Grenelle social de 1968."

Nicolas Sarkozy, qui fut un des plus mal notés de tous les candidats avec un petit 8,5/20, aurait-il relevé le défi s'il n'avait pas compris que le réchauffement climatique inquiétait bien au-delà des cercles acquis depuis longtemps à la cause ? "Le rôle joué par des personnalités consensuelles pour faire passer le message est indéniable", reconnaît Yannick Jadot de Greenpeace.

L'EFFET HULOT
Le film de l'ancien vice-président américain Al Gore, Une vérité qui dérange, a sans doute contribué à la prise de conscience des décideurs, de même que le rapport, rendu public en octobre 2006, du Britannique Nicolas Stern, ancien vice-président de la Banque mondiale et ancien conseiller de Tony Blair, sur "l'économie du changement climatique".
En France, l'animateur de télévision Nicolas Hulot, grâce à son "pacte écologique" signé par tous les candidats, plus de la moitié des députés et près de 743 000 Français, a créé un nouveau rapport de force avec l'Etat. Sa proximité avec Jacques Chirac lui a donné une réelle influence à droite. "La présence de la Fondation Nicolas Hulot dans le "Grenelle" n'est pas une garantie absolue de résultats, mais elle est au moins la garantie que ces négociations ne sont pas seulement un jeu d'ombres", estime Christian Garnier, vice-président de France Nature Environnement (FNE). Les écologistes redoutent par-dessus tout de cautionner un processus qui n'aboutirait qu'à un catalogue de mesurettes.
Certains, comme le réseau Sortir du nucléaire, ont choisi de ne pas participer. Ils sont minoritaires. Tous les grands mouvements sont présents avec leurs sensibilités et leurs divergences. Il y a les géants, à la force de frappe mondiale et aux budgets conséquents, comme Greenpeace, WWF ou les Amis de la Terre, et les modestes, de dimension régionale ou locale.
Entre les ONG qui brandissent leur indépendance financière, comme Greenpeace, et les associations du réseau France Nature Environnement qui vivent des subventions de l'Etat, les inimitiés peuvent être réelles. Mais, dans le fond, elles sont d'accord sur quasiment tous les sujets. Et toutes ont accepté de jouer le jeu jusqu'au bout, même si elles ne garantissent pas de valider le résultat final.

"Les groupes de travail vont remettre leurs rapports, les propositions seront sur la table, mais le plus dur ne fait que commencer, avertit Yannick Jadot. Les lobbies économiques vont monter au créneau pour dissuader le gouvernement de prendre des mesures ambitieuses." "Une chose est sûre, prédit Serge Orru, si Sarkozy rate cette première grande négociation, ce sera le premier échec patent de son mandat."