« Ceci tuera cela. Le livre tuera l’édifice » écrivait Victor Hugo dans Notre Dame de Paris (1832). « Le livre de pierre, si solide et si durable, allait faire place au livre de papier, plus solide et plus durable encore », continuait-il. « L’imprimerie tuera l’architecture ».
Dans ces idées prophétiques, Françoise Choay voyait en 1965 l’expression d’une métaphore du langage, éclairée à la lumière des recherches contemporaines en sémiologie. Nouvelle « mythologie », le langage de l’architecture d’hier devenait obsolète. Quid d’une nouvelle grammaire de l’urbanisme? Une grammaire intelligible, compréhensible par tous, à laquelle tout usager pourrait participer ? Qu’allait-on faire du langage mort de l’urbanisme du « siècle passé» ? Il faudrait en trouver un nouveau. Certes.
Outre-Atlantique, Marshall McLuhan parlait à la même époque de medias chauds et de medias froids. Un nouvel outil, c’est une nouvelle approche du monde, une nouvelle relation au monde, une nouvelle représentation du monde, donc un nouveau message. Le livre d’Hugo aurait été pour l’architecture ce que la télévision de McLuhan fut au livre. L’histoire ne se conte plus de la même façon, elle n’a donc plus le même impact sur son auditeur. Plus facilement en contact avec le livre, l’usager se défait du médium architecture pour comprendre le monde. Le livre devient un média chaud, l’architecture, un média froid. Et Qasimodo est le message.
S’agit –il alors de réinventer le livre (le média) pour réapprendre l’architecture, ou de réinventer l’architecture pour la rendre intelligible (« cool ») ?
A l’heure où celle-ci devient de plus en plus virtuelle – ou tente de l’être (la ville de texte de Hackers, la ville de chiffres de Matrix), ce n’est pas le livre de papier qui tuera le livre de pierre, mais l’absence de forme. Au tout virtuel, comme au tout écologique, on a sacrifié la forme. Autrefois fonction, devenue inutile puisque dépassée par le message, la forme cherche à regagner du terrain.
En réponse à cette quête, Jacques Ferrier a proposé la « ville sensuelle », celle des cinq sens et plus encore - celle avec qui on interagit. Repensons la forme et retrouvons les sens, le « cool » de l’architecture - ce moment où l’on passe du média froid au média chaud, au média facile d’accès, compréhensible, intelligible, palpable – ce moment qui dure.
(Petite pensée faisant suite au colloque Ville Sensuelle, organisé en septembre 2009 au Collège de France... et à quelques idées échangées avec un architecte australien du nom de David N., a good egg that one).